Rwanda

22.07.2019 / 03.08.2019


C'est un camion qui, arrivant en face de nous en faisant des appels de phares, nous fait comprendre que nous venons de passer la frontière de Rusumo ; nous roulions sur la voie de gauche depuis le début de ce voyage alors que, désormais au Rwanda, nous devrons rouler à droite. Un héritage de la Belgique, colonisateur du pays durant la première moitié du XXème siècle. Autre héritage belge, les douaniers nous accueillent en français même si la langue officielle du pays est désormais le kinyarwanda. 

Ça va au Rwanda !

Les premiers kilomètres de route sont en construction mais, très vite, l'asphalte remplace la terre et l'on est surpris par l'excellence de la route, par sa propreté (du personnel balaye les bas-côtés en permanence, retirant même les feuilles mortes) et par la qualité des ouvrages ; c'est fait pour durer. Tout de suite après la frontière, on achète une carte sim pour avoir Internet, on retire de l'argent à un distributeur et on se réapprovisionne en fruits et légumes ; en quelques minutes, on a tout ce qu'il nous faut. Pour l'instant, tout nous semble facile au Rwanda. Pourvu que cela dure.

Le long de la route de la frontière au lac Muhazi

Même les bivouacs ne semblent pas trop compliqués à trouver; nous passons notre première nuit au bord du lac Muhazi en pleine nature. Nous devons cependant gérer les curieux qui ne cessent d'arriver. Initialement installés près d'un endroit où les villageois viennent chercher de l'eau, nous trouvons plus tard un endroit calme où personne ne vient nous importuner. Ce petit bain de foule avec les enfants nous aura permis d'apprendre quelques mots de kinyarwanda parce que, en pleine campagne, personne ne parle plus français.

Au bord du lac Muhazi

Nous nous dirigeons ensuite vers Kigali en traversant les villages, les bananeraies et les rizières. Dans les campagnes, nous sommes surpris de voir beaucoup de belles maisons et, à l'approche de la capitale, de beaux lotissements avec des maisons de standing. En arrivant à Kigali, nous nous garons dans le centre-ville devant un supermarché Simba où nous trouvons des produits belges d'importation mais aussi du fromage, du beurre et des yaourts "Made in Rwanda". Après avoir rempli les placards de toutes ces provisions, nous nous baladons dans les environs. Kigali est une ville agréable et tranquille. Le plan de circulation est impeccable et la circulation y est fluide. Nous avons cependant un peu de mal à rejoindre l'hôtel Step Town où nous souhaitons passer la nuit, Accroché à la colline, l'hôtel n'est accessible que par des pistes de terre et nous ne prenons pas la plus facile. Sur place, nous faisons la connaissance de voyageurs sud-africains voyageant en 4x4. Cela faisait très longtemps que nous n'avions pas rencontré de voyageurs.

Dans les rues de Kigali 

Les gorilles - Kigali

Le matin suivant, nous nous rendons au mémorial du génocide situé à moins d'1/2 heure à pied de l'hôtel. Le Rwanda est malheureusement connu pour le génocide perpétré en 1994 par le gouvernement contre les Tutsis et les Hutus modérés. Ce mémorial, ainsi que les nombreux autres disséminés un peu partout dans le pays, sert à informer sur ce qui s'est passé mais il est avant tout un lieu de recueillement et de souvenir pour les Rwandais. En effet, la plupart des personnes assassinées n'ont pas eu de sépulture et de nombreux corps ont été, plus tard, enterrés ici.

Kigali 

Tombe du mémorial du génocide - Kigali

Le génocide rwandais est la faute de dirigeants extrémistes et de populations fanatisées. S'il n'y avait des lieux comme ce mémorial, on douterait que de telles atrocités aient pu avoir lieu. Le 6 avril 2014, Le président du Rwanda accompagné du président burundais meurt dans un attentat. Le président avait signé, peu de temps avant, les Accords d'Arusha pour mettre fin à la guerre civile qui avait débuté en 1990 et qui opposait le gouvernement majoritairement Hutu et les forces du FPR constituées principalement de Tutsis réfugiés en Ouganda. Accusant le FPR, les extrémistes hutus prennent comme prétexte cet assassinat pour lancer la purification du pays. En 3 mois, du 7 avril au 17 juillet 1994, environ 1 million de personnes est assassiné sur une population de 6 millions d'habitants. Ce sont d'abord les opposants au pouvoir, Tutsis et Hutus modérés puis tous les Tutsis qui sont visés (de l'autre côté de la frontière, au Burundi, ce sont les Tutsis qui, pour se venger, assassinent alors les Hutus). L'armée et les milices aidées par la population qui a été fanatisée et armée se chargent du massacre. Les forces internationales, incrédules ou incompétentes, ne peuvent et ne veulent rien faire. Sous prétexte de renforcer son influence sur un pays francophone, le gouvernement français qui a tout misé sur le parti au pouvoir contre le FPR depuis des années, qui a collaboré en finançant, formant, fournissant des armes aux génocidaires, qui a permis leur fuite, ne veut rien voir non plus (et refuse, encore aujourd'hui, de reconnaitre son implication). Heureusement, 25 ans après, les populations rwandaises semblent s'être réconciliées et, dans leur paroles, il y a un avant et un après le génocide.

Le long de la route Kigali - Butare

Après une deuxième journée passée à Kigali, nous partons à Huye (Butare) en direction du sud. Les routes sont toujours aussi belles ; ça ne cesse de monter et descendre en fluctuant entre 1700 et 1800 m d'altitude. La population, très nombreuses à pied, à vélo ou à moto, nous accompagne tout le long du trajet. A Huye, en fin d'après-midi, nous nous arrêtons sur un terrain vague qui sert aux écoles de conduite. En ville, comme dans les campagnes, nous nous sentons en totale sécurité pour bivouaquer n'importe où. 

Le long de la route Butare - Nyungwe

Nous reprenons la route le lendemain pour traverser le parc national de Nyungwe. Avant d'y arriver, nous traversons encore de beaux paysages à quelquefois plus de 2500 m d'altitude. Les bananeraies et les rizières se mêlent maintenant aux caféiers. 

Parc national Nyungwe

A l'entrée du parc de Nyungwe que l'on peut traverser "librement" mais surveillés par un militaire tous le 500 m, nous croisons des babouins qui, comme toujours, se battent en poussant des cris effrayants (nous détestons les babouins !). Nous préférons les singes de l'Hoest, noirs et blancs dont le dos est légèrement doré qui se baladent pacifiquement le long de la route et se laissent facilement photographier.

Singes cercopithèques de l'Hoest bien gardés par l'armée - PN Nyungwe

Le parc Nyungwe est le paradis des singes, cercopithèques de l'Hoest, colobes, babouins, singes dorés et chimpanzés entre autre. Si l'entrée du parc est gratuite, la traque pour voir les colobes, singes dorés et chimpanzés est payante (entre 70 et 90$/pers) ; nous sommes donc très heureux de voir, sur notre chemin, 2 chimpanzés par nous-mêmes. Malheureusement, pris par surprise, nous n'avons pas eu le temps de prendre de belles photos. 

Plantations et cueilleurs de thé - Gisatura

A la sortie du parc, les plantations de thé ont remplacé celles de café. C'est au milieu des plantations que nous bivouaquons, dans le petit village de Gisatura. A la fin de leur journée de travail, les ouvriers agricoles viennent nous trouver. Au Rwanda, on n'est jamais seuls !
Notre emplacement étant proche de l'endroit où nous avons vu les chimpanzés, nous y retournons tôt le lendemain matin en espérant les apercevoir de nouveau mais, malheureusement, les chimpanzés ne réapparaissent pas.

Camping au bord du lac Kivu - Nyamasheke

Nous partons ensuite au bord du lac Kivu, à Kagano, dans le district de Nyamasheke. Le lac, long de 89 km, fait frontière entre le Rwanda et la République Démocratique du Congo. Situé à 1460 m d'altitude, la route qui surplombe le lac est elle aussi haute en altitude et offre des points-de-vue époustouflants. A Kagano, nous choisissons de nous arrêter au Ishara Beach Motel qui dispose d'une petite plage de sable. Nous y restons le temps du week-end. Quelques Rwandais viennent également profiter de ce bel endroit pour se baigner et pour passer le samedi ou le dimanche en famille et quelques mariés pour se faire prendre en photo. Dans l'après-midi, nous partons faire quelques courses au village de Nyamashake à pied. Nous avons déjà remarqué qu'en Afrique les gens marchaient tout le temps ; les routes servent aux véhicules mais surtout aux gens pour se déplacer à pied et, au Rwanda comme ailleurs, les gens marchent car peu ont des voitures et peu peuvent payer un bus ou une moto-taxi ou même une vélo-taxi lors de leurs déplacements quotidiens. Pour une fois, nous les accompagnons pendant plusieurs kilomètres. Ils sont surpris de nous voir marcher et se demandent bien ce que nous faisons là. Nous aussi d'ailleurs puisqu'à Nyamashake il n'y a rien à acheter. En revenant, puisqu'on n'a pas trouvé de quoi manger, on déjeune au restaurant de l'hôtel, brochette de chèvre et de poisson, un régal qui ne coûte presque rien.

Mariage rwandais - Nyamasheke

En Afrique, on marche...

En continuant à longer le lac plus au nord, nous arrivons à Kibuye, la station balnéaire la plus populaire du Rwanda. Cette fois encore, nous nous arrêtons dans un hôtel situé au bord de l'eau, le Bethany B. Au bord du lac, il serait possible de faire des bivouacs sauvages mais on ne profiterait pas de bons emplacements et ce serait dommage. De plus, nous aurions toujours beaucoup de monde autour de nous qui nous solliciterait ; le Rwanda est le premier pays où souvent, lorsque nous croisons des enfants, ils nous réclament quelque chose. Même si ce n'est jamais insistant et que les enfants finissent par nous faire un beau sourire sans contrepartie, on est quelquefois obligés de s'isoler.

Lac Kivu

A l'hôtel, nous faisons connaissance avec un groupe d'instituteurs de la région en séminaire. Ils sont intéressés de partager avec nous leur expérience et de connaître nos impressions sur leur pays. Pendant leur pause, nous discutons de choses et d'autres en français et notamment du sujet de leur réunion : l'illettrisme au Rwanda. Alors que les enfants sont presque tous scolarisés en primaire, à la fin de ce cursus, le constat est alarmant, ils ne savent ni lire ni écrire (Ce n'est pas en France que l'on verrait ça ; non, je rigole !)
Dans l'après-midi, nous partons nous balader le long du lac et nous y découvrons, dans de petites criques, les bateaux traditionnels rwandais formés de 3 barques reliées entre elles par des perches en bambou.

Bateau traditionnel - Lac Kivu, Kibuye

Cultures de riz et plantations de thé - montagnes de Gishvati

Entre Kibuye et Gisenyi (Rubavu), notre dernière étape au bord du lac Kivu, nous traversons la belle région montagneuse de Gishvati. Tout est montagneux au Rwanda mais ici, ça a un petit air de Jura ou de massif alpin.   

Gisenyi

Nous passons 2 jours à Gisenyi, d'abord à la sortie de la ville au New Eden Garden que nous avions choisi car il était près de sources chaudes où nous avions prévu d'aller mais qui se sont avérées tellement glauques que nous avons fait l'impasse puis, nous allons en centre-ville dans un charmant hôtel de style colonial, donnant sur le lac, le Discover Rwanda. C'est, des deux endroits, celui que nous avons le plus apprécié car il permet de se balader à la fois le long du lac et dans la ville qui est très agréable. Située à la frontière avec la République Démocratique du Congo, elle ne ressemble pas à une ville frontière habituelle qui est souvent chaotique. Ici, tout est propre et bien entretenu comme dans les autres villes du Rwanda. L'autre plaisir de cette ville, c'est que, de nouveau, on a pu s'approvisionner en produits laitiers, en fruits et légumes du marché et qu'on y a même trouvé des saucisses fumées dans une petite échoppe à 2 pas de la frontière (saucisses bien appréciées par les voyageurs allemands qui étaient avec nous à l'hôtel et à qui on a fait goûter notre trouvaille). 
Nous trouvant à la frontière du Congo, nous rencontrons de nombreux Congolais qui nous abordent voyant que nous parlons français. Depuis la douane de Rusumo et mis à part le groupe d'instituteurs de Kibuye, personne ne nous a parlé français au Rwanda, sauf des Congolais. La langue n'est plus parlée, ni étudiée au Rwanda alors qu'au Congo c'est encore la langue officielle. Les Congolais sont vraiment plaisants à rencontrer. Parler la même langue facilite évidemment les contacts. Cependant, pendant quelques temps, les Congolais seront privés de Rwanda car, depuis le 1er août, la frontière est fermée pour protéger le pays du virus Ebola qui a fait une 3ème victime en quelques semaines au Congo. Heureusement que nous n'avions pas prévu de nous y rendre.   

Fromage, beurre, yaourts et saucisses : de quoi se faire plaisir

Après Gisenyi, nous comptions nous rendre au parc national des Volcans. Arrivés à Musanze, nous visitons le centre d'information sur les gorilles de la fondation Diane Fossey, un endroit très intéressant puis nous prenons la route du parc, non pas pour traquer les gorilles des montagnes (1500$/pers) mais pour éventuellement faire une balade sur les flancs du volcan Bisoke. Malheureusement, la visite du président de la république dans la région contrarie nos plans. Un déplacement du président au Rwanda, c'est un peu le Tour de France cycliste ; la route est barrée pendant plusieurs heures, il y a une centaine de voitures et, en plus, il est interdit de se garer sur le bord de la route pour attendre. Comme nous ne voulons pas patienter tout l'après-midi, nous poursuivons notre route dans la montagne et nous nous arrêtons près d'une église peu après le village de Nemba. Ce que nous n'avions pas prévu c'est que nous étions encore sur le parcours présidentiel. Les policiers se succèdent alors pour nous demander ce que nous faisons là jusqu'à ce qu'un décide, à la tombée de la nuit, que nous ne pouvons rester sur place, qu'il faut que nous trouvions un endroit plus sûr. Nous repartons donc pour nous arrêter à la sortie de Nemba sur un terrain où il y a un peu de passage.   

Rencontres

Au réveil, nous refaisons le chemin en sens inverse et nous allons dans le parc national des Volcans. Nous nous arrêtons à Kinigi, à la Kinigi Guest House. Comme il pleut, nous restons dans le camping-car toute la journée. On aperçoit à peine les volcans. C'est la première fois que nous avons mauvais temps au Rwanda ; jusqu'à présent, il faisait très sec. Le temps risquant d'être mauvais une journée de plus, nous en profitons pour rouler et rejoindre la frontière ougandaise à Cyanika. Nous espérons profiter de cette région volcanique de l'autre côté de la frontière.





Le Rwanda

Un petit pays, 20 fois plus petit que la France, facile et agréable à visiter avec son propre véhicule et un pays 100% sûr. A tout moment, nous nous y sommes sentis bien.
Le pays nous a paru moderne et prospère par certains aspects comme les infrastructures routières et quelquefois pauvre et démuni. Il règne une grande inégalité entre les villes et la campagne.
Comme dans le trio Tanzanie/Ouganda/Kenya, les activités et excursions touristiques étaient à des prix déraisonnables alors nous les avons laissées de côté et nous avons traversé le pays à la vitesse de l'escargot nous imprégnant des paysages magnifiques et de l'état d'esprit de la population.    



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