Arabie Saoudite

08.12.2019 / 17.12.2019




Le bateau parti de Safaga à 22h hier soir aborde la côte arabique à Duba vers 9h ce matin. Installés dans une cabine, nous n'avons pas vu grand-chose de la traversée ; nous dormions et ce matin, au réveil, la côte était déjà en vue. Une fois le bateau amarré au port, tout se passe très vite, plus vite que ce que l'on pensait et du coup, on se retrouve bon derniers dans la file des voitures et des passagers pour passer la douane ce qui n'a pas d'importance car en quelques minutes, tout le monde, devant nous, a fait les formalités et disparu. Pour nous, c'est un peu plus long parce que c'est la première fois que des étrangers se présentent à la douane de Duba avec des e-visa. En effet, l'Arabie Saoudite délivre des visas de tourisme via Internet seulement depuis 2 mois. Les premiers contacts avec les Saoudiens du poste frontière sont très amicaux. Les femmes m'offrent des biscuits et des chocolats tandis que Jean s'informe (par geste car personne ne parle anglais) auprès des hommes sur les routes à prendre. Une fois toutes les formalités effectuées et après avoir souscrit une assurance pour le véhicule, nous prenons la route. Nous faisons un court arrêt à Duba pour retirer de l'argent et faire le plein ; 0.45 riyals le litre de diesel, soit 0.11€, c'est presque un plaisir de passer à la pompe ! 

Traversée Safaga (Egypte) - Duba

Nous continuons notre route vers le sud en longeant la Mer Rouge et nous faisons halte, en milieu d'après-midi, à Al Wajh, une petite cité balnéaire où la promenade, bien aménagée, nous offre notre premier bivouac et un beau coucher de soleil sur la mer. Al Wajh, cité tranquille, devrait faire parler d'elle, en France, dans un mois, lorsque le "Dakar" (la course automobile) s'y arrêtera lors de sa première étape. En 2020, le "Dakar" change de continent et s'installe, pour 5 ans, en Arabie Saoudite.  

Un premier plein pour 3 fois rien

De Duba à Al Wajh

Pause déjeuner au bord de la Mer Rouge

En quittant Al Wajh, le lendemain matin, on quitte définitivement la Mer Rouge et on se dirige vers la ville d'Al Ula. N'ayant ni guide touristique ni carte routière très détaillée, nous sommes un peu dans l'inconnu. Comme en plus, on a choisi de ne pas prendre de forfait Internet, nous n'avons pas beaucoup de possibilités de nous informer au cours du trajet. On a juste noté, avant d'entrer dans le pays, quelques endroits à voir et Al Ula en fait partie.   

Route du désert d'Al Wajh à Al Ula

Sans informations, on ne sait pas si la route menant à Al Ula est une bonne route ou pas. On ne sait d'ailleurs pas si c'est une route ou une piste. On s'aperçoit très vite que c'est une excellente route asphaltée. Comme en plus, il n'y a pas beaucoup de trafic et qu'elle traverse des paysages de désert magnifiques, on se régale.

Vision 2030, un projet d'avenir - Bada

En route, il n'y a pas grand-chose, pratiquement pas d'habitations ni de villages. A mi-chemin pourtant, une grande et majestueuse avenue bordée d'arbres et équipée de jeux pour enfants annonce le village de Bada. C'est très surprenant de découvrir ces aménagements au milieu du désert d'autant que le village de Bada est loin d'être luxueux ; ce ne sont que quelques bicoques, commerces et restaurants rustiques. 

Quelques rencontres à Bada

On y fait halte pour acheter du pain chez un boulanger pakistanais. Une halte qui dure car tandis que le boulanger prépare un par un les pains de ses clients, Jean rend visite au resto d'à côté et, comme tout parait délicieux, commande des plats pour le repas de midi. Il fait connaissance avec des habitants du village, des Saoudiens mais aussi des Indiens, des Bangladais, des Pakistanais, un véritable melting pot de nationalités. Non contents de nous souhaiter la bienvenue chez eux, les Saoudiens nous offrent notre pain et nos repas. Quel accueil !

Route du désert d'Al Wajh à Al Ula

Comme pour la route, nous n'avions aucune idée de ce qu'était Al Ula, un village, une ville ? C'est en réalité une grande ville moderne et soignée située sur un plateau à plus de 1000 mètres d'altitude et entourée de pics rocheux. C'est aussi une oasis, en plein milieu du désert, où sont cultivés dattes et agrumes.

Invitation - Al Ula

A quelques kilomètres du centre-ville, se trouve le site nabatéen de Madain Saleh classé au Patrimoine Mondial par l'Unesco. Au VIème siècle av. JC, le territoire nabatéen, dont les monuments les plus célèbres se trouvent à Petra en Jordanie, s'étendait du sud de la Jordanie actuelle jusqu'à Madain Saleh c'est pourquoi, on retrouve ici les mêmes vestiges. Malheureusement, le site n'est ouvert qu'à partir de fin décembre et seulement 3 mois dans l'année. Nous sommes en avance de quelques jours. Donc, lorsque nous nous présentons devant le site, on nous refuse l'entrée. Cependant, un employé nous conseille d'aller réclamer une permission spéciale à la RCU, la Commission Royale. On repart donc en direction du centre-ville et on cherche les bureaux de la RCU. En s'informant, on fait la connaissance de Saoudiens qui nous y emmènent mais avant cela, ils nous invitent à boire le café puis le thé. On passe un moment agréable ensemble puis l'on se rend à la commission mais sur place, on nous refuse l'autorisation. C'est un peu décevant mais, comme nous avons prévu une visite de Petra prochainement, nous nous faisons une raison.

Al Ula

Comme la journée est déjà bien avancée, nous cherchons un endroit où dormir. Un belvédère au-dessus de la ville, à 1175 mètres d'altitude, accessible par une route sinueuse dont la pente avoisine les 25%, nous permet d'admirer toute la vallée et de faire un beau bivouac. 

Al Ula

Dans la soirée, nous rencontrons un touriste français qui, comme nous, se balade seul en Arabie Saoudite. Aujourd'hui, il a pu avoir une autorisation spéciale pour visiter Madain Saleh et il nous conseille de retourner à la RCU demain matin pour refaire une demande, ce que nous faisons. Le lendemain, nous passons la matinée à attendre à la réception de la commission. Une Saoudienne nous promet de faire la demande pour nous et de l'obtenir mais, comme cela dure, nous décidons de ne pas attendre.

Al Ula

Avant de quitter définitivement Al Ula, nous pique-niquons près d'Elephant Rock une formation rocheuse imposante au milieu d'autres rocs plantés dans le désert.

Elephant Rock - Al Ula

Nous faisons ensuite plus de 250 kilomètres puis nous nous arrêtons pour la nuit au milieu du désert avant de continuer notre route jusqu'à la ville d'Hail, une oasis comme Al Ula mais beaucoup plus importante.

Grand Mall - Hail

Arrêtés sur le parking d'un grand centre commercial, le Grand Mall, nous sommes abordés par un habitant d'Hail, Khaled, qui désire nous inviter à prendre le thé chez lui. Nous le suivons jusqu'à son domicile où il nous présente 2 de ses frères, son père et ses enfants et neveux. Par contre, nous ne rencontrons ni sa femme ni ses belles-sœurs. J'ai seule le privilège de les voir en photo et en vidéo car, comme elles ne sont pas voilées, Jean ne peut les voir. Enfin, au début, il ne peut pas les voir ; au bout de quelques heures passées ensemble et dans l'enthousiasme et le plaisir de se parler, ils finissent par nous les montrer à tous les 2. On a l'impression que les Saoudiens et les Saoudiennes vivent souvent séparés ; on voit beaucoup de femmes ensemble pique-niquer avec leurs enfants sans leur maris tandis que les hommes se réunissent entre eux. Par contre, quand il s'agit d'une étrangère, il n'y a aucune gêne à la recevoir parmi les hommes. Je suis abordée et reçue de la même façon que Jean, avec la même sympathie et le même plaisir. 

Invitation - Hail

Comme à Al Ula, on sent chez les habitants d'Hail un attachement pour leur ville et leur région alors après avoir passé du temps chez Khaled, celui-ci nous propose de visiter la région en compagnie de son frère Yasir et de son neveu Mohamed. Ils nous emmènent à bord de leur véhicule en dehors de la ville puis Mohamed nous promène dans le centre d'Hail. Nous faisons le tour des cafés branchés où nous invitons Mohamed avant de retourner au Grand Mall pour une visite VIP où Mohamed nous présente à tous les vendeurs. On repart même avec quelques cadeaux. Si on ajoute que, dans l'après-midi, Mohamed avait insisté pour payer les fruits et légumes que j'avais achetés, que le vendeur y avait ajouté un kilo d'oranges et que le soir, en nous quittant, Mohamed nous a apporté à manger, on peut dire que l'on est très gâtés par les Saoudiens et même par les non-Saoudiens puisque le vendeur de fruits et légumes était indien. 

Visite guidée des environs d'Hail

Ce n'est pas fini car le lendemain, Khaled nous invite à visiter sa ferme qui se trouve à une centaine de kilomètre d'Hail. Avant cela, nous faisons un tour chez le concessionnaire Isuzu dont Khaled est un des administrateurs, car Jean à l'intention de faire changer le filtre à air du véhicule mais malheureusement, le garage ne dispose pas de la pièce ; les D-Max du pays sont un peu différents du nôtre. Cependant, le chef mécano, un Pakistanais qui semble bien connaître son métier, tient à contrôler le véhicule et conseille à Jean de changer les filtres à gasoil (au Kenya, on lui avait conseillé de ne les changer que si un voyant s'éclairait). Il fait également changer la courroie de la climatisation qui patine depuis un bon bout de temps. Ici encore, on ne paye presque rien.

Arrêt au stand Isuzu - Hail

En milieu de matinée, le frère de Khaled, Yasir, ainsi que son père nous rejoignent au garage pour partir à la ferme. Khaled possède une propriété où il élève des pigeons, quelques dindons et surtout des dromadaires. Il possède également du terrain cultivé pour le fourrage des animaux.

Visite d'une ferme - Hail

La ferme est dirigée par un employé yéménite aidé par des Indiens. Les Saoudiens emploient beaucoup de travailleurs étrangers notamment des Indiens, Pakistanais, Bangladais, Egyptiens, etc... Et contrairement à ce que l'on entend dire en France, le comportement des Saoudiens envers ces travailleurs est tout à fait respectueux. Nous pourrons sans doute faire, en fin de séjour, une liste des fausses idées reçues que nous avons, nous Français, de l'Arabie Saoudite. La liste sera longue. 

Elevage de dromadaires 

Bien que ni Khaled ni son père ne soient des nomades, la ferme dispose d'une vraie tente de bédouin où se réunissent la famille et les amis le week-end (il y a également un bâtiment climatisé avec home cinéma). C'est là que nous buvons le café et le thé et que nous déjeunons en compagnie d'un authentique bédouin, Abdu Abdullah, un ami qui nous rend visite et avec qui nous allons voir les dromadaires de Khaled. Ses bêtes sont destinées à la boucherie et aux courses de dromadaires et aujourd'hui, pour faire faire un petit tour à Jean qui ne se débrouille pas trop mal. Avant cela, Khaled fait l'appel à la prière puis tous se mettent à prier. Entendre l'appel chanté par Khaled alors que nous sommes en plein milieu du désert, devant une tente de bédouins est un moment magique.

Bédouin saoudien

Parmi les dromadaires de Khaled, un étalon, un mâle reproducteur, une vraie bête à concours, un monstre ! On ne s'en approche pas tant on sent la force et la violence de l'animal dont le pied n'est pas entravé par une simple corde mais par une grosse chaîne.

Même un bédouin peut s'enliser dans le sable !

Désert saoudien

Nous quittons nos amis saoudiens en milieu d'après-midi pour nous rendre à Buraydah où finalement nous n'arrivons que le lendemain après une pause en bord de route dans un jardin public comme il y en a tant dans ce pays. A Buraydah, on ne fait qu'un arrêt au McDo pour se connecter à Internet et répondre à quelques messages et l'on repart en direction d'Ushaiqer où là encore nous n'arrivons qu'après une nuit passée en route, au milieu du désert.

Palmeraie - Old Ushaiqer

Datant de l'aire préislamique (VIème siècle), le vieux Ushaiqer est une ville vieille de 1500 ans. La plus grande partie de cette forteresse est encore en ruine mais quelques maisons et ruelles ont été bien restaurées. Nous nous baladons librement dans les rues, invités à entrer dans les maisons. Nous faisons la connaissance de Sulaiman, présentateur vedette des news à la télé saoudienne qui invite chez lui tous les touristes visitant la ville. Encore une rencontre bien sympathique ou plutôt que ce soit nous qui photographions les Saoudiens, c'est nous qui sommes pris en photo.  

Old Ushaiqer

Nous passons ensuite le reste de la journée à Ushaiqer, sur une aire de pique-nique. Presque partout, en Arabie Saoudite, l'on trouve ce type d'aires aménagées avec des jeux pour les enfants, des abris avec tables et bancs, des toilettes et une mosquée. A Ushaiqer, il y a même l'eau et l'électricité sous chaque abri. Avant-hier, il y avait aussi une borne wifi. Tous ces équipements sont en libre accès et sont généralement bien entretenus. Bivouaquer n'est jamais un problème en Arabie Saoudite ; tout est libre, que ce soit un parking public ou une dune dans le désert. On n'est jamais contrôlés et on se sent partout 100% en sécurité.

Bivouac avec toutes les commodités - Ushaiqer

A quelques kilomètres d'Ushaiqer, le lendemain, nous visitons le vieux Shaqra qui ressemble beaucoup à son voisin. C'est une balade très plaisante où nous sommes seuls ; à Ushaiqer, il y avait un peu de monde car c'était le week-end, notamment quelques touristes et quelques expatriés travaillant à Riyad.

Old Shaqra

Dans l'après-midi, nous sommes déjà à Riyad, la capitale. En route, nous avions prévu de visiter l'ex-capitale du pays Ad Diriyah mais, une fois sur place, on a l'impression d'être au centre d'un parc d'attraction et cela ne nous plaît pas. On poursuit donc jusqu'au centre-ville de Riyad, au musée national plus exactement où nous bivouaquons sur les conseils d'autres voyageurs. A notre entrée dans la ville, une énorme averse inonde quelques rues ;  nous ne pensions pas voir la pluie en Arabie Saoudite... Encore une idée fausse !
Le musée national de Riyad retrace l'histoire du pays de la préhistoire à nos jours. C'est un musée très riche et extraordinairement bien fait. Nous sommes un peu dépassés par l'abondance d'informations. Un jour ne suffit pas à le visiter. De même, le Fort de Masmak qui décrit, de la création de l'Arabie Saoudite en 1932 par Abdelaziz ben Abderrahmane Al Saoud à nos jours l'histoire du pays, est un très intéressant musée à visiter tout proche du musée national. 

Musée National - Riyad

Jusqu'à présent, nous avions vu peu de femmes non voilées mais, à Riyad, il y en a d'avantage. Le dress code est différent dans la capitale et dans les autres villes. En Arabie Saoudite, les femmes ne sont pas obligées de porter le niqab (le voile qui couvre le visage) mais, dans les villes de province, elles l'on presque toutes. A Riyad, c'est différent. Nous avons même rencontré des jeunes filles habillées comme chez nous et qui fumaient. Bien qu'apparemment originaires du Golf, ce devait être des étrangères. Les étrangers ne sont pas soumis aux mêmes règles que les Saoudiens mais ils doivent être vêtus décemment. Cela signifie que nous devons porter des vêtements un peu amples et suffisamment couvrants. Jean porte un pantalon et moi, une robe longue ou une plus courte avec des leggins. Pour passer la douane, à Duba, j'avais mis un voile mais, je me suis vite aperçue que ce n'était pas nécessaire ; je ne l'ai donc pas gardé.

Fort Masmak - Riyad

Route 10, 500 km dans le désert

Derniers pleins d'eau et de gasoil - Batha

Nous ne restons, dans la capitale, qu'une seule journée car notre programme des prochaines semaines est dense et nous ne voulons pas perdre de temps. On a pour but de passer la frontière à Batha demain matin. On roule donc tout l'après-midi plus de 400 km dans le désert et on dort en bord de route avant de passer en début de matinée la frontière avec les Emirats Arabes Unis. Le temps, depuis Riyad, est brumeux et venté alors que jusqu'à présent, nous avons eu un climat idéal, un temps ensoleillé et sec, pas de vent et des températures entre 22 et 29°C le jour et entre 11 et 15°C la nuit (avec un petit 6°C à Al Ula). 






L'Arabie Saoudite

Liste des fausses idées reçues au sujet de l'Arabie Saoudite :

- Les femmes portent toutes le voile. FAUX
- Les femmes ne travaillent pas. FAUX
- Les femmes ne conduisent pas. FAUX
- Les hommes ne touchent pas une femme inconnue (ne lui serre pas la main). FAUX
- Il ne pleut jamais en Arabie Saoudite. FAUX
- les travailleurs étrangers sont mal considérés et mal traités. FAUX
- l'Arabie Saoudite est un pays dangereux. FAUX
- l'Arabie Saoudite est un pays replié sur lui-même, ancré dans ses propres croyances et convictions. FAUX

Cette liste est incomplète car, en côtoyant les Saoudiens, nous avons presque oublié ce que nous pensions de leur pays avant d'arriver. Quelle belle découverte que ce pays accueillant, magnifique et sûr à parcourir en camping-car. En Arabie Saoudite, les nomades que nous sommes sont les bienvenus.




Page 26 sur 29